Textes d'Ambiance

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Textes d'Ambiance

Message  Thren le Dim 11 Mar - 21:55

Quelques petits textes d'ambiance sous forme de spoiler pour vous mettre dans l'ambiance :

Le Compagnie du Grésil :

- Je vous dit que c'est deux couronnes de plus pour vous emmener jusqu'à Meinestadt !
Cela faisait déjà une bonne heure que Frère Odamar s'évertuait à convaincre Kamal, le marchand Arabian, sans succès. La journée de marche avait été fort longue, tous deux étaient exténués, et la diction approximative de l'Arabian n'arrangeait rien.
- Oui oui, sidi, dit-il. Toi et tes hommes escortent nous pour Meinestadt.
- Deux couronnes ! Cria Odamar en désespoir de cause, avant de se tourner vers ses frères.
Les mercenaires de la compagnie du Grésil s'étaient mis un peu à l'écart de la caravane, la livrée couverte de poussière, le visage las. L'escorte n'était pas un ouvrage de tout repos : il fallait sans cesse jouer les éclaireurs, s'assurer des points hauts du relief, courir d'un bout à l'autre de la caravane, expliquer sans cesse aux Arabians qu'il ne fallait pas s'arrêter dans cette gorge encaissée, encore moins y faire du feu.
- Il veut pas payer ? Demanda Frère Wilhelm.
- Non, il est têtu comme une mule ! Il donne l'impression de ne comprendre qu'un mot sur deux, ou alors il est vraiment bouché...
- Pourtant, on s'était mis d'accord au départ d'Altdorf ! Dix couronnes d'avance, et deux autres avant de traverser les Bois Moroses, objecta Frère Kristof.
Le contrat puait depuis le début. La caravane Arabiane transportait des étoffes de l'Empire jusqu'à Cathay et avait mandaté une compagnie mercenaire pour la protéger tout au long de la traversée de la Route d'Argent. Jusque-là, rien que de très normal. Sauf que l'hiver précédent avait été très rude, dans les Principautés Frontalières. Résultat, les récoltes avaient été maigres. Résultat, tous les habitants des Frontalières qui d'ordinaire, s'occupaient pacifiquement aux travaux des champs, avait dû prendre les armes pour se mettre au brigandage, outre l'exode la seule alternative pour ne pas mourir de faim. Résultat, depuis quelques mois, toutes les caravanes, même les mieux protégées, étaient systématiquement attaquées sur la Route d'Argent.
Pour ne rien arranger, les Arabians y étaient allé à l'économie. Inconscients du danger, ils n'avaient recruté, pour escorter leur caravane de quarante bœufs, que les sept hommes de la compagnie du Grésil, un nombre tout juste suffisant pour dissuader les pillards en temps normal. Toutes les tentatives de Frère Fausten pour persuader Kamal d'embaucher plus de monde s'étaient soldées par un échec. Les marchands étaient persuadés que les mercenaires tentaient de leur extorquer de l'argent, et ne voulaient rien croire de leurs histoires sur la dangerosité des Frontalières.
Et maintenant, après trente jours de marche, les Arabians refusaient de verser le moindre argent en plus. La somme demandée par la compagnie du Grésil était déjà bien inférieure à leurs tarifs habituels, mais continuer gratuitement à risquer leur vie n'avait désormais plus aucun sens.
- Alors, compagnons, que faisons-nous ? Demanda Frère Fausten.
- S'ils ne veulent pas payer, qu'ils continuent seuls ! Répondirent les mercenaires avec humeur.
Odamar et Fausten se détachèrent de leur groupe pour aller annoncer la nouvelle à la caravane, espérant un sursaut de bon sens de la part de Kamal. Buté, celui-ci leur répondit, dans son langage approximatif, qu'il ne leur était rien arrivé jusqu'ici, et qu'ils se débrouilleraient très bien seuls.
Sans un mot d'adieu, ils regardèrent la caravane, ses bœufs lourdement chargés, ses hommes enturbannés, ses femmes et ses enfants, s'enfoncer dans les Bois Moroses.

La compagnie du Grésil s'apprêtait à repartir dans le sens inverse quand ils entendirent les premiers sons de la bataille. Entrechoquements du fer, hurlements des chefs, râles des blessés, tous connaissaient bien ces litanies guerrières. Frère Sebastian lâcha, d'un ton peu convaincu :
- Ça ne nous concerne plus, maintenant...
- Frère Sebastian a raison, renchérit Frère Wilhelm. Le contrat s'est arrêté depuis que Kamal a refusé de nous payer. Qu'ils se débrouillent tous seuls.
- Ouais, opina Frère Sebastian après un long silence.
Aucun d'entre eux ne bougea, écoutant toujours le vacarme de l'affrontement, à une demi-lieue de là, s'élever au-dessus des frondaisons des armes.
Tout le monde se regardait, se demandant qui allait faire le premier pas. Un hurlement de femme retentit pour finalement se stopper net.
- Et puis merde, lâcha Fausten d'une voix calme en ramassant son marteau. On y va.
Tous suivirent, la masse brandie, le bouclier à la main, adoptant instinctivement leur formation. Oubliée, la fatigue, oubliés les dangers : en un instant, les sept hommes éreintés venaient de se transformer en guerrier. Faisant jaillir de leurs poitrines des hurlements sauvages, ils coururent sus à l'ennemi, apportant un renfort inespéré aux Arabians qui, cimeterres à la main, se faisaient tailler en pièces par des brigands affamés. Prise au piège dans un petit sentier forestier, la caravane, attaquée de partout, se débandait, de petits groupes luttant isolément pour protéger femmes et enfants de l'ire des assaillants.
Luttant ensemble comme s'ils faisaient tous partie d'un même corps, les hommes de la compagnie du Grésil coururent d'un groupe à l'autre, faisant reculer les ennemis, stabilisant la situation, avant de courir aider d'autres Arabians en difficulté, plus loin dans la forêt.
Les ennemis surgissaient de partout, sortant en meutes d'une futaie, s'évanouissant dans les bois avant de revenir, toujours plus nombreux, attaquer un point faible du dispositif. Les marteaux du Grésil frappaient la chair, fracassaient les boucliers, se cognaient avec violence contre les lames adverses. Les Frères se battaient à merveille, comme peuvent se battre des soldats désintéressés que pousse uniquement le devoir et la bravoure. Libérés de toute obligation financière, ils se démenaient comme des fauves, en professionnels de la guerre, leur fureur permettait d'infléchir peu à peu le cours du combat, malgré la fatigue, malgré les coups qu'ils recevaient, le sang qui jaillissait de leurs plaies et maculait leurs armures.
Avec encore plus d'acharnement, les brigands continuèrent leur assaut meurtrier et désordonné. Vingt fois, ils se rassemblèrent dans les bois pour lancer une attaque coordonnée ; vingt fois, la compagnie du Grésil, rassemblant autour d'elle les derniers défenseurs valides, les repoussèrent.
La nuit tomba, résonnant du fracas des armes, une nuit d'une longueur insoupçonnable, où les deux camps n'avaient que de brèves accalmies pour se compter et panser leurs plaies, avant le choc suivant. Quand, après une ultime mêlée, les brigands s'enfuirent, laissant derrière eux des dizaines des leurs, le ciel pâlissait à l'est et un soleil rougeoyant se levait sur un champ de bataille dévasté, réchauffant de ses rayons les trois hommes de la compagnie qui étaient tombés durant la nuit.

Cinq jours plus tard, les restes de la caravane Arabiane arrivèrent à Meinestadt. Plein de gratitude, Kamal ouvrit son coffre devant les quatre survivants de la compagnie du Grésil, leur proposant, en remerciement de leur courage, de prendre ce qu'ils voulaient.
Ils ne prirent que deux couronnes, puis repartirent sur la Route d'Argent, gardant dans un coin de leur cœur le souvenir de leurs compagnons, marchant vers de nouvelles gloires.

Thren

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Message  Thren le Dim 11 Mar - 21:58

La famille Langdorf

La grand'rue principale de Reiherdorf était déserte, écrasée par le soleil. Seul, un chapeau abandonné au milieu de la terre battue témoignait que les habitants s'étaient tous précipitamment cloîtrés chez eux, comme pour fuir une menace invisible. La cloche sonna les douze coups de midi, tandis qu'au loin, une nuée d'oiseaux charognards fondait sur un animal mort en poussant des piaillements aigus, sous l’œil de père Kuhn tenant la corde de la cloche.
Quatre cavaliers remontèrent la grand'rue au pas, les sabots des chevaux faisant voler la poussière. Sans savoir pourquoi, à chaque venue à Reiherdorf, Eckhard Langdorf scrutait les embrasures des volets et les portes closes, vérifiant s'il n'allait pas y discerner le canon d'une carabine pointée sur eux. Il ne vit rien. Ce n'était pas cette fois-ci que Reiherdorf se déciderait à se débarrasser d'eux. Ces pleutres s'étaient encore réfugiés chez eux, et cadenassés à double tour, comme s'ils avaient quoi que ce soit à craindre de six brigands.
Calvin Langdorf amena son cheval à côté de celui de son frère tandis qu'ils continuaient à avancer. Sous un porche, assis sur son rocking-chair, le Marshall Prospero Scherer taillait un morceau de bois tout en chiquant un morceau de tabac.
- Salut, Marshall ! Lança Eckhard d'un ton mi-aimable, mi-méprisant.
Pour toute réponse, le Marshall cracha sa chique, qui atterrit juste à côté du sabot d'un cheval. Les autres Langdorf préférèrent ne pas répondre, et démontèrent devant l'auberge de Schultz, attelant leurs montures devant l'abreuvoir.
Eckhard, Volkhard, Jost et Calvin entrèrent dans l'auberge par la porte battante. La salle de l'auberge était quasiment vide, à part Polus, un garçon maigrelet accoudé au comptoir et qui se hâta de déguerpir en voyant arriver les Langdorf.
Derrière le zinc, Viggo Schultz essuyait machinalement un verre avec un torchon crasseux. Aucune émotion ne se lisait sur son visage quand il vit les brigands arriver : à lui, on la faisait pas.
- Qu'est-ce que je vous sers ? Demanda-t-il d'une voix traînante.
Les Langdorf n'eurent pas le temps de commander leur whisky que la porte battait à nouveau. L'adjoint du Marshall, carabine à la main, venait d'entrer.
- Eckhard Langdorf ?
Le dénommé se retourna vers le nouvel arrivant, sans hâte.
- Qui le demande ?
- Je vous ai à l'œil, tous autant que vous êtes. On aime l'ordre dans notre petite bourgade, et c'est à moi qu'il appartient de le faire respecter. Je ne tolérerai pas que le moindre d'entre vous pète de travers. Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?
Un grand sourire parcourut le visage buriné d'Eckhard, qui répondit d'une voix douce et ironique.
- Rassurez-vous, on n'est pas là pour faire d'esclandres, monsieur l'adjoint. On va juste boire un verre, profiter des commodités de l'auberge, et rentrer chez nous bien sagement. Vous devriez le savoir, depuis le temps...
Puis, sans un mot, Eckhard se retourna vers le comptoir, lui et ses compagnons riant sous cape. Ils sirotèrent paisiblement leur whisky, tandis que derrière eux, les habitants les plus pleutres tremblait en priant pour qu'ils partent vite.

Les voyageurs devaient être inconscients, ou alors très bêtes. Ou bien les deux.
Depuis une bonne heure, les Langdorf les observaient, à bonne distance, ayant préalablement camouflé leurs montures, et ce qu'ils voyaient avait tout l'air d'une proie facile. Ils étaient une dizaine, à pied, pas vraiment sur leurs gardes, avançant très lentement et de façon erratique. Après s'être assuré que personne d'autre n'était dans les environs, les Langdorf passèrent à l'attaque.
La technique était bien rodée, et ces voyageurs-ci se laissèrent avoir comme bien d'autres. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ils se retrouvèrent encerclés par les chevaux des bandits. Une lueur d'espoir parcourut leur regard quand ils virent arriver les Langdorf, lueur qui disparut aussitôt quand ces dernières brandirent leurs armes.
- La bourse ou la vie !
Ces voyageurs-ci n'avaient aucune intention de résister, et ils dégrafèrent tous leurs bourses avec résignation. Jost remarqua leur teint pâle, leurs traits tirés, la douleur sur leurs visages et l'extrême bouffissure de leurs lèvres. En quelques instants et sans un mot le contenu de leurs escarcelles changea de propriétaire, sans que cela paraisse chagriner les voyageurs.
- Vous avez des vivres ? Leur demanda Jost.
Le chef du groupe secoua la tête négativement, en ajoutant d'une voix extrêmement faible :
- Pas bu depuis deux jours.
Il entendit un des Langdorf fouiller dans une sacoche, s'attendant sans doute à recevoir une balle derrière la nuque. Il ferma les yeux, entendit un bruit sourd, les rouvrit.
On venait de jeter à ses pieds une outre d'eau, une miche de pain et un saucisson.
- Suivez la direction du soleil. Le village le plus proche se trouve à une demi-journée de marche, il s'appelle Reiherdorf.
Les quatre cavaliers repartirent comme ils étaient venus, suivis par les regards incrédules des voyageurs, qui ne savaient si ils devaient maudire ces bandits qui les avaient détroussés, ou bien les remercier d'avoir sauvé leurs vies.

Thren

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Re: Textes d'Ambiance

Message  Thren le Dim 11 Mar - 23:50

Village de Reiherdorf

Reiherdorf. Un petit point sur l'horizon, un village perdu dans les plaines immenses des Principautés Frontalières. Ville-champignon conçue de bric et de broc, ce n'est guère plus qu'un amoncellement de baraques de bois, à la patine usée par le vent chargé de poussière qui souffle inlassablement, dans un hululement lugubre.
Dans la grand-rue, une caravane s'apprête à prendre la route. Quelques dizaines de personnes miséreuses portant leurs baluchons suivent des chariots hâtivement préparés d'où dépassent les canons des carabines. Leur voyage sera périlleux ; rester à Reiherdorf le serait plus encore.
- Alors c'est sûr, vous partez ? Demanda le Marshall Prospero Scherer au chef de l'expédition, monté sur l'un des derniers chevaux ayant échappé à la peste.
- Ouais, Marshall. Il n'y a plus d'avenir à Reiherdorf, vous le savez très bien. Et sans animaux pour les récoltes, il n'y a même plus de quoi nous nourrir tous.
- La route est dangereuse...
Le cavalier haussa les épaules. Qu'est-ce qui n'était pas dangereux, dans les Frontalières ?
- D'ici quatre jours, nous devrions être à Burgingen. Et ensuite, advienne que pourra. Adieu !
Le cheval se cabra, la caravane se mit en route, vers l'ouest et un avenir meilleur. Derrière leurs fenêtres, les derniers habitants de Reiherdorf les regardèrent passer.
Quelqu'un partit rectifier la pancarte constellée d'impacts de balles à l'entrée du village. On y lisait désormais :

Reiherdorf
Habitants : 256 112 17
Chevaux : 96 0
Chats : 125 0
Étranger, que ce soit à l'auberge ou au
cimetière, nous avons toujours une place pour toi

Le Marshall se laissa tomber de tout son poids dans le rocking-chair, comme si cette brève conversation l'avait épuisé. Son adjoint, Kurt Naubhof, vint à sa rencontre, fusil à la main.
- Et maintenant, Marshall, on fait quoi ?
- On va boire un coup.

A quelques lieues de là, juchées sur un promontoire rocheux, six silhouettes regardaient passer en contrebas la caravane fuyant Reiherdorf, inconsciente du danger qui pesait sur elle. Il leur faudrait bien deux jours pour quitter la vallée, calcula Eckhard Langdorf, l'aîné et le chef de la petite bande. Vallée ! Un terme bien flatteur pour désigner cette légère anfractuosité dans la plaine, creusée durant des millions d'années par un ruisseau à sec la moitié du temps.
Le visage buriné par le soleil et le vent, les yeux plissés sous l'ombre de son chapeau, il arborait une expression indéchiffrable, sauf peut-être pour ses frères et sœurs qui le connaissaient mieux que quiconque.
- On y va ? Proposa Sigrid, une femme à la voix rauque et au visage taillé à la serpe, en indiquant du menton la caravane.
- On ne touche pas aux gens du village, répondit-il d'un ton sans équivoque.
Le silence revint parmi les brigands, qui regardaient les habitants quitter Reiherdorf comme le sang d'un homme à l'agonie. Après des années d'exil dans les bois, où les Langdorf avaient dû vivre de rapines, ils auraient dû être heureux de voir le village en si fâcheuse posture. Pourtant, nulle exclamation de joie ne franchit leurs lèvres. Pour eux, une nouvelle ère commençait, et il pouvait aussi bien s'agir de la dernière.


A quelques lieues du village, une pancarte de bois annonçait :

Reiherdorf
Voyageur, tu t'y reposeras une nuit.
Hors-la-loi, tu y reposeras à jamais.

Jadis, la Route d'Argent attirait du monde. Les gens quittant l'Empire, bandits, escrocs, chercheurs d'ors et visionnaires, venaient s'installer dans les principautés frontalières en un flux continu. Les dévots l'empruntaient pour se rendre au pèlerinage de Sigmar, les seigneurs de guerre y faisaient leur fortune au gré des combats, les mercenaires en protégeant les voyageurs, les brigands en les détroussant. A cette époque, Reiherdorf s'était créée, avait grandi jusqu'à devenir un gros bourg. Il y a quelques années encore, l'exploitation minière d'Axel Veidt avait redonné une seconde jeunesse au village. Désormais, rares étaient ceux qui empruntaient la Route d'Argent. Toutefois, pour les voyageurs exténués, Reiherdorf était toujours une étape bienvenue sur ce chemin périlleux et désolé.
Ce jour-là, une affluence inhabituelle eut lieu devant la pancarte centenaire. Par petits groupes, des voyageurs s'y arrêtèrent quelques instants. Dans deux heures, ils seraient dans une auberge chaude et animée, à plonger leurs lèvres dans une bière brune et épaisse, regardant les danseuses se produire au son du piano mécanique. Parmi les voyageurs qui virent cette pancarte, nul ne se doutait que Reiherdorf ait pu péricliter à ce point.

Au départ des habitants avait succédé un profond abattement : les villageois restaient cloîtrés chez eux, les conversations à l'auberge se faisaient à voix basse, comme si les gens craignaient de faire trop de bruit dans cette ville fantôme. Imperturbable, le son métallique de la pioche d'Axel Veidt, creusant dans la mine, résonnait d'une façon lugubre.
Et puis, petit à petit, la vie revint, des forces nouvelles animèrent ceux qui étaient restés, qui avaient fait le choix de ne pas abandonner leurs possessions. Il fallait compléter le Conseil du Village, élire un nouveau maire, ravitailler Reiherdorf dont les garde-mangers se vidaient de façon inquiétante. Plus que tout, il fallait recréer l'esprit pionnier des premiers jours du village, ressouder cette communauté aux tensions exacerbées par la maladie et les départs. Isolé au plein milieu des Principautés Frontalières, dans une situation précaire, peuplée seulement d'une poignée de colons, Reiherdorf allait se relever et s'en sortir.
Le couple Schultz, qui gérait l'auberge, préparait ses meilleures bouteilles, ainsi qu'un spectacle de cabaret prompt à revigorer les plus solides gaillards. Mademoiselle Schreiber allait rassembler autour d'elle toutes les personnes instruites du village pour le traditionnel bingo. Le mariage de Polus, l'imprimeur, et de Gudryn, une danseuse, allait être prononcé, prétexte à une grande fête.

Vidé de presque tous ses habitants, drainés par la famine et l'espoir d'une vie meilleure, n'ayant plus sa superbe et sa richesse d'antan, Reiherdorf se relevait encore une fois des coups subis. Mais, profitant de voir leur adversaire en si fâcheuse posture, il existait des forces dans l'univers qui n'allaient pas laisser le village s'en tirer si facilement.
Pour Reiherdorf, c'était l'heure des comptes.

Thren

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